Pourquoi avez
vous choisi ce lieu ?
Albert
Imbert : Je
pense que c’est le lieu qui est le plus visité dans le coin, c’est le lieu
touristique de Camjac
Sur Camjac, les gens vont au château du Bosc, après il y a des gens qui font
de la randonnée, mais quand on veut visiter un site, on va au château du Bosc.
Y
venez vous souvent et quand ?
Je
connais très bien le chemin et j’y viens
souvent.
Nicole
TAPIE-DE-CELEYRAN : et
tous les services que vous avez rendu… Vous pouvez l’ajouter.
Albert Imbert : J’ y viens à toutes
les occasions, souvent je m’occupais de porter du matériel, des tables, des
chaises, des bancs pour des spectacles, je faisais le lien comme ça.
Depuis
quand vivez vous dans le pays Naucellois ?
Depuis
66 ans, c’est à dire toujours.
Pourquoi
avez vous choisi de rester ici ?
Je ne me suis jamais posé la question
que ce soit autrement, je suis né dans une ferme, j’ai toujours voulu être
agriculteur et je suis agriculteur.
Comment
se compose votre famille ?
J’ai deux enfants, mariés et qui ont
chacun un enfant. Mais j’ai une particularité et je voudrais la signaler,
c’est que mes deux enfants sont mes plus proches voisins ; l’un et l’autre
de chaque coté de la ferme.
Leurs
consacrez vous beaucoup de temps ?
La porte est ouverte, ils viennent quand
ils veulent.
Vous êtes à la
retraite, mais vous exercez toujours votre métier d’agriculteur,
pour quelle raison ?
Je travaille parce j’estime que premièrement
je ne pourrais pas me supporter sans rien faire et puis cela rend service
aux jeunes.
Par
passion ?
Par passion non, mais j’aime ça.
Comment
occupez vous votre temps libre ?
Très peu de voyage, on en a fait quelques
un.…
J’adore la danse, le folklore, l’occitan et l’histoire.
Qu’est
ce qui pourrait améliorer votre vie à Camjac ?
On est bien à Camjac.
Et
améliorer la vie des Camjacois ?
Moi ce que je regrette, c’est qu’il y ait de moins en moins d’agriculteurs et
j’aurais aimé conserver un tissu un peu plus agricole que ce qui se prépare.
Faites
vous parti d’associations ? Si oui lesquelles ?
Je fais partie du Comité des Fêtes de
Camjac, de la Ségaline qui est une association de danse, de l’Office de Tourisme
de Naucelle et puis j’ai eu fait partie de beaucoup d’autres associations
mais là aussi j’ai pris la retraite...
Qu’est
ce que cela vous apporte personnellement ?
J’ai toujours aimé le contact, on aime
quelque chose et on le fait, ça me paraît naturel, comme vous d’être à l’UNISEP.
Participez
vous à la vie de votre village ?
Peut être un peu moins qu’avant mais
oui, j’y participe encore.
Quelles
principales évolutions avez vous remarqué dans votre village depuis
que vous y vivez ?
Je l’ai déjà dit, je regrette que tant
de fermes aient disparu et que tant d’autres vont disparaître. La plupart
des artisans disparaissent aussi….
Comment
avez-vous vécu cette évolution ?
Plus il disparaît d’agriculteur et plus
on est isolé.
C’est ce côté d’entraide que je regrette, encore nous sommes dans un pays un
peu paysan mais il y a des endroits où il en reste très peu.
Y
a t-il des histoires, des anecdotes sur Camjac qui vous ont marqué ?
Il aurait fallu que je les lise avant
de venir.
J’ai bien vécu les 24 ans que j’ai passé au Conseil municipal et on a quand même
créé une mairie, une salle des fêtes, une cantine. On a fait
un cœur de village.
Mon regret c’est que l’église n’est pas été construite à La Croix Rouge, car ça
aurait fait un village plus consistant .
Nicole TAPIE-DE-CELEYRAN : mais écoutez,
c’était….vers 1840, quand on a reconstruit l’église de Camjac, est ce
que c’était uniquement la révolution ou
est ce qu’elle était déjà en très mauvais état… Et bien le Comte d’Imberg
du Bosc avait proposé le terrain de Puech Roux et il paraît que ça a été la
révolution dans le pays qui n’a pas voulu en entendre parler parce qu’ils
jugeaient que c’était plus central.
Albert Imbert : Ils
avaient pris en tant que paroisse, les deux extrêmes, le Navech et les
Cours.
Nicole
TAPIE-DE-CELEYRAN : Alors
du coup elle a été reconstruite au même endroit mais pas dans le même
sens, pas la même orientation...
Albert
Imbert : Je
pense que ça a été une erreur quand même, parce qu’on n’a pas le sentiment
de village comme à Frons.
Nicole
TAPIE-DE-CELEYRAN : Non
c’est vrai, il y a l’église, deux ou trois maisons et le cimetière…
Vous
avez grandi dans le Naucellois, que pensez vous de votre vie lorsque
vous aviez 20 ans par rapport a celle des jeunes d’aujourd’hui ?
J’ai eu 20 ans dans les « aures », ça
ne vous dis rien ?
A 20 ans j’étais à la guerre d’Algérie, parce que j’étais français et la vie
des jeunes de l’époque, c’était loin de celle d’aujourd’hui. J’ai passé 28 mois
là bas, et pour moi mes vingt ans ce n’est pas le meilleur de mes souvenirs.
Quels
genre de lecture vous intéresse ?
Tout ce qui touche à l’histoire, j’ai
des livres d’histoire.
Avez-vous
un livre de chevet ?
Je viens de m’offrir une encyclopédie
sur la guerre d’Algérie en six volumes, et c’est mon livre de chevet pour
cet hiver.
Est
ce que vous écoutez de la musique, si oui quel genre ?
Non,
je ne m’arrête pas pour écouter de la musique, je n’ai pas d’appareil,
et pas de disque.
Quand il y a de la musique, j’en profite, j’adore l’accordéon.
Vous
intéressez-vous au cinéma et au théâtre ?
Il y a quarante ans que je ne suis pas allé au cinéma.
Le théâtre c’est pareil, mais j’y suis allé une fois on avait fait venir au château
une troupe de théâtre « La Saltarelle ». C’est joli mais les agriculteurs,
ou les éleveurs, on a trop de contraintes, on a un manque de liberté.
J’aimerai sans doute, mais quand vous avez fini votre journée, ça ne vous dit
rien de ressortir…
Et puis j’ai eu une vie quand même… j’ai eu tellement de réunions que la question
ne se posait pas, je n’en ai pas eu envie.
Etes-vous
intéressé par une forme d’art ?
Je ne suis pas très culturel, j’aime
le folklore, l’occitan, j’aime nos racines.
Que
pensez-vous des nouvelles techniques de communications, Internet…
Cela va tellement vite que je me demande
ce que ça va être dans 20 ans, parce que presque d’une semaine à l’autre
il y a une évolution tellement forte… alors je n’y adhère pas, je ne suis
pas motivé pour ça.
Je me suis occupé, pendant 20 ans de la Maison Familiale de Naucelle et maintenant
ils ont créé un site Internet, ils sont branchés sur Internet, je ne sais pas
si c’est comme ça qu’on dit…Je m’étais inscrit pour comprendre un peu comment ça
marche, et j’ai honte de le dire mais je n’y suis jamais allé. Et je veux dire
que je n’y comprends rien.
Mais je sais qu’ il faut que les jeunes s’y intéressent.
J’ai une nièce qui vient d’être nommée institutrice à côté de Poitiers et elle
a trouvé un appartement par internet. Alors là je ne sais pas comment
elle a
fait elle m’a expliqué ça vaguement mais bon…
Noël : et
elle vous a montré que l’on peut y trouver des intérêts ?
Albert
Imbert : Oui
et j’ai
un ami qui a acheté une voiture, il voulait une voiture de telle marque,
telle couleur, telle option etc...
Il l’a trouvé par Internet et il est allé la chercher à Lyon.
Il est maçon et il est beaucoup moins bête que moi.
Nicole
TAPIE-DE-CELEYRAN : C’est
indispensable pour les jeunes à l’époque actuelle, on ne peut pas faire autrement.
Albert
Imbert : D’ailleurs
au niveau publicité, pour faire la promotion d’un pays, c’est incontournable.
Voulez
vous proposer une personne pour notre prochaine interview, afin
de créer une chaîne de personnes qui aiment vivre dans le pays
Naucellois ?
J’y ai réfléchi.
Par ordre, celui dont j’ai toujours été l’élève c’est Pierre Lacombe. Mais je
ne sais pas si il sera disponible pour vous recevoir. Il a une vision beaucoup
plus grande que moi. Ce n’est pas de la politique que je fais mais il a une vision,
il n’est pas agriculteur mais il adore ce pays et peut être qu’il aurait des
choses à dire qui m’échappent à moi, ça pourrait être un complément. J’ai été avec
lui pendant 24 ans au conseil municipal. On n’a pas toujours été d’accord sur
tout mais on a toujours discuté pour les actions qu’on a mené.
Et lui il a une vision plus haute, je sais pas comment dire il est plus technique
peut être.
Autrement, j’avais pensé à Jean Marie PANIS, tailleur à Frons. Il est à la retraite.
A l’époque il y avait des maisons de couture qui
lui avaient fait des propositions, il aurait pu partir et gagner bien sa vie à Paris
ou ailleurs.
Il a choisi de reprendre le petit atelier de ses parents, il a été tailleur à Frons
toute sa vie. Il s’est occupé du café quand on a racheté la licence, c’est lui
qui l’a tenu pendant 15 ans.
Il aime son village et il a tout fait pour lui.
Il s’occupe toujours du café, il fait bureau de tabac, il s’occupe de la fêtes à Frons
et il participe énormément à la vie du village,(plus que Mr Lacombe).
Ce sont tous les deux des personnes que j’apprécie énormément et qui ont prouvé qu’ils
aiment leur pays.
Discussion
après interview :
Il y a une vingtaine d’années encore
la commune de Camjac était sectionnée, il y avait deux clochers, Frons et
Camjac et j’ai eu de la chance, j’ai été jeune à Frons et je me suis marié à Camjac,
donc je ne suis pas sorti de la commune mais j’ai l’avantage d’être passé dans
toutes les maisons, je connais par cœur toute la commune et ça m’a énormément
servi.
Un jour je suis allé à un congrès à Paris, il y avait une grève des chemins de
fer qui s’était déclenchée et le lendemain matin on devait partir avec Paul Cousty à Barcelone.
Il fallait que je sois rentré le soir chez moi, alors dans l’espace de 24 ou
36 heures, j’ai fais Paris ici et ici Barcelone. Lorsque je suis rentré, j’ai
dit que si il me fallait choisir un endroit pour y vivre , se serait ici. Parce
que sans parler de nos racines, on est dans un pays qui n’est pas monotone.
On critique parfois notre pays parce qu’il est vallonné, c’est le pays des cent
vallées, mais on ne se rend pas compte que c’est un gros atout.
J’ai été en Afrique et là bas c’est plat, il n’y a pas d’eau et comment voulez
vous retenir de l’eau dans un pays plat. Ici on peut faire des retenues d’eau
tant qu’on veut…
Cédric : Vous
préférez
la vie à la campagne ?
Oh oui, il n’ y a pas de problème.
Nicole
TAPIE-DE-CELEYRAN : C’est
tellement plus agréable, moi j’ai toujours aimé la campagne et je serais bien
malheureuse si il fallait que j’habite en ville.
Albert
Imbert : Et
puis ce qui m’ennuie le plus aujourd’hui, pourtant Rodez ce n’ est pas Paris,
mais aller aujourd’hui à Rodez au centre ville et trouver une place pour
garer sa voiture, c’est épouvantable.
Alors, vous faites deux fois le tour de ville, vous passez devant les
parkings
privés qui disent complet et tu continues à tourner, et tu finis par trouver
quelqu’un qui s’en va mais tu te retrouves de l’autre côté de Rodez.
Ha non, moi j’aime aller à Naucelle, je sais que
dans 3 minutes j’y suis, et cela fonctionne.
Noël : et
il y aura toujours
un endroit pour mettre la voiture !
Albert
Imbert : Toujours
et je ne serai pas à un kilomètre !...
Nicole
TAPIE-DE-CELEYRAN : le
déluge s’étant arrêté ….
Albert
Imbert : C’est vrai
que de cette pluie on en a un peu marre maintenant….après le temps de
sècheresse que l’on a eu….
Nicole
TAPIE-DE-CELEYRAN : oui
on est passé d’une extrême à l’autre.
Albert
Imbert : Oui
mais vous savez la moyenne de pluviométrie annuelle, elle va s’y retrouver.
Nicole
TAPIE-DE-CELEYRAN : c’est
mal réparti. Quand on a installé le chauffage central on ne l’a pas mis
dans cette pièce et c’est très heureux car le chauffage central abîme
tout , et même les tapisseries. Figurez vous qu’on avait été chez un
oncle en Bretagne et , une maison grand confort, chauffage central et
il y avait des tapisseries du Bosc, elles avaient
complètement passées alors qu’ ici je dis ça fait l’effet de congélateur
c’est très désagréable mais ça
conserve et il n’y a pas d’humidité. Les maisons dans le pays sont saines
dans l’ensemble et aérées…
Albert
Imbert : Les
maisons étaient
construites avec de la pierre de cran et de la chaux, aujourd’hui il
se trouve qu’on a le moyen pour récupérer du cran avec
une pelle mécanique et de la chaux….mais on ne le fait plus…
Nos vieilles granges sont parfaitement saines.
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