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JEAN-MARIE PANIS
A son domicile - Frons
le 13 mars 2004
 

Jean-Marie : Internet intéresse beaucoup de monde car c’est un complément, une façon de présenter le Naucellois. Comment se fait-il que vous ayez eu l’idée de monter ce site ?
Noël :
nous pensions avoir plus de jeunes. nous voulions faire un journal pour les jeunes, avec toutes les informations qui les intéressent .Mais on a eu un nombre restreint de jeunes donc on a décidé de rester dans le local pour valoriser le pays Naucellois. Le mieux, c’est d’interviewer des personnes qui y vivent depuis toujours ou depuis longtemps.
Jean-Marie : votre démarche me fait penser a celle de TF1 : ils cherchaient un artisan, une personne qui vivait en milieu rural mais c’était pour faire de l’audience. Ils m’ont connu en lisant le livre de Daniel Crozes : tout un chapitre concerne ma famille. C’est comme ça que le collaborateur de JP. Pernault m’a contacté.
Adrien : pourquoi avez-vous choisi ce lieu ?
(Monsieur Panis a choisi de nous recevoir chez lui)
Noël : on demande aux personnes de choisir le lieu de l’interview,  pour être dans un lieu qu’elles apprécient.

Jean-Marie : En définitive, j’ai choisi de vous faire venir chez moi d’abord pour faire connaître le village où je vis, où je travaille et puis c’est plus convivial.
 


Adrien : Depuis quand vivez-vous dans la communauté de communes du Naucellois ?
Jean-Marie : J’y vis depuis ma naissance en 1944. Evidemment à  cette époque, la communauté des communes n’existait pas. J’aime bien la campagne. J’ai repris l’entreprise, c’est la troisième génération de tailleur dans cette maison. Et par la suite, mon périmètre d’activité s’est étendu au département puis à la France depuis mon passage à la télévision. Ca a été très enrichissant. J ai eu la chance d’habiller de gros chefs d’entreprise. Ces messieurs sont venus chez moi se faire faire un costume, comme tant d’autres grâce à la télévision. Les gens ont voulu voir le type de travail que je faisais, où j’habitais…Il y a eu un peu de curiosité là-dedans !

Qu’est-ce qui pourrait améliorer votre vie à Frons ?
C’est-à-dire que j’attends ma retraite. Et Internet est un moyen de communication qui par la suite peut m’intéresser.

Pourquoi ?
Parce qu’Internet, c’est une fenêtre sur le monde qui permet de voir ou de voyager. Je vais voir…Internet je connais pas encore. Je pourrais avoir des infos sur le coût d’un voyage par exemple,  réserver des billets de train sans me déplacer (c’est important à la campagne), on peut tout savoir, ça améliore le quotidien. C est un échange d’idée, internet. Oui, et puis bon, ça facilitera mon quotidien, ça rendra ma vie plus confortable. Mais ça ne changera pas beaucoup la vie du village parce qu’il y règne une excellente ambiance : si on a besoin de quelque chose, on peut aller frapper à la porte de son voisin. Je trouve ça très important, de garder l’esprit de village comme autrefois. En face de chez moi, par exemple, il y avait un forgeron. Le charron du village faisait faire un bandage de fer à ses roues par le forgeron qui faisait le cercle, puis il faisait chauffer le fer, et quand il était vraiment incandescent, la roue était posée sur une  sorte d’établi. Ils apportaient le bandage avec des pinces. Mais là, il fallait du monde, vous comprenez bien que le fer étant chaud, il fallait apporter de l’eau pour le refroidir. Il n’y avait pas l’eau courante à l’époque, il fallait donc aller au puit, les habitants puisaient l’eau avec le seau. Cette chaîne, c’est encore une autre entraide. Pour les moissons, c’était pareil. Voilà, on était une trentaine quand il fallait, je pense que c’est comme ça dans tous les villages. A Frons, on a gardé cet esprit de solidarité, même si de nouveaux habitants sont arrivés, ce sont des gens originaires d’ici, par leurs parents ou leurs grands-parents, ce sont toujours des gens du pays qui achètent. C’est pourquoi cette fibre d’entraide et de convivialité reste bien vivante, et ça, j’apprécie !

Et les habitants de Frons ?
Ce que je viens de vous dire résume un peu tout.

Participez-vous à la vie de votre village ?
Vous voulez dire s’investir dans la vie du village, je comprends. Oui, j’ai commencé car à l’époque, en 1970, ce qui motivait les jeunes, c’était de jouer au foot. On a donc créé une équipe de foot, l’A.S.Camjac-Frons, dont j’étais le secrétaire à l’époque, je m’en suis occupé pendant 7 ans. Elle existe encore aujourd’hui mais maintenant en association avec Quins, donc le club a fusionné avec un autre petit club de village. Autrement, à l’époque, au village, il y avait des commerces : vous aviez un épicier, deux forgerons, un charron, un menuisier, un couvreur, un notaire et un tailleur et une couturière, mes parents. Tout cela faisait la vie du village. Et aujourd’hui, en ce qui concerne l’artisanat, il reste Jacques Lacombe, couvreur, Michel Boccard, couvreur également et moi-même qui suis tailleur, ainsi que la ferme auberge de La Viallette et une entreprise de travaux public Lacombe à Maury, qui vient de se créer.
Aujourd’hui, la vie autour de l artisanat et de l’association perdure : il y a un café créé depuis 18 ans, la commune a racheté la licence au café de l’époque. Pour le faire fonctionner, il a fallu créer une association dont je me suis occupée jusqu’à présent ; c’est un point de rencontre pour faire la fête. Alors vous voyez, l associatif, je connais !
En plus, maintenant, je me suis impliqué à l’office du tourisme, en tant que vice-président. Je suis également administrateur à l’U.D.S.M.A.. Alors quand je serai à la retraite, j’aurai de quoi m’occuper !

Vous avez grandi dans le Naucellois, que pensez-vous de votre vie lorsque vous aviez 20 ans par rapport à celle des jeunes d’aujourd’hui ?
Quand j’avais 20 ans, la vie dans les campagnes était plus intense que maintenant. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui il y a un dépeuplement qui a porté préjudice à l’activité économique aussi bien de Naucelle que de l’Aveyron. Il ne faut pas perdre espoir d’un revirement. Je ne dis pas que nous retrouverons les activités que nous avons connues. Mais il y a une chose qu’il faut mettre en avant : nous allons avoir une route, une voie rapide qui va passer entre Naucelle-Gare et Naucelle. Nous sommes très privilégiés dans ce domaine. Avec cet axe routier, on peut faire quelque chose d’extraordinaire, ça va attirer des entreprises. C’est pour cela que la vie économique d’un pays passe par les voies de communication, routières ou ferroviaires. Plus tard, on pourra voir des gens qui habitent la région et qui iront travailler à Toulouse. C’est pour cela que je pense que nous allons vers une revitalisation de la vie économique. Enfin, on le voit déjà avec les ventes des maisons, nous n’avons sur la commune de Camjac plus rien à vendre ! Il faudra construire 

Y a t il des histoires, des anecdotes sur Frons qui vous ont marquées ?
Sur le village, au niveau géographique ou naturel, il n’y a pas eu de tremblement de terre que je sache. On l’aurait su ! (rire)
Mais une personne a marqué son passage à Frons. C’est une personne qui a vécu en marge de la société, il a été un insoumis toute sa vie, il venait dans le village faire ses courses. Il a été arrêté pour braconnage, les gendarmes l’ont fait prisonnier sur un bateau. C’était au bord du canal de Suez, il s’est échappée, a traversé le canal à  la nage et est venu se cacher ici dans les ravins du Viaur. Cet homme là a marqué ma génération car je l’ai connu. C’était comme un conte de fées.
Un autre fait important fut la construction de fa voie ferrée. Ma grand-mère qui a vécu jusqu’à 100 ans, a connu l’arrivée du train. Elle me racontait souvent cet événement. Des chars qui transportaient du sable depuis le Viaur  transitaient par le village pour être destinés à la construction du chemin de fer.
Toujours à la même époque, un autre événement a été l’arrivée de l’électricité. Ca a été une révolution l’arrivée de l’électricité à la maison. Il a fallu créer par la suite un autre corps de métier : électricien.
Un autre fait marquant fut la fermeture du couvent, qui fut à mon époque l’école libre des filles quand l’école a fermée, les sœurs sont restées (cantine pour l’école laïque et infirmière).
Une fois le couvent fermé, la commune l’a ensuite racheté dans l’optique d’en faire une structure pour personne déficiente, des projets sont entrain de mûrir, il y a de la volonté, qui me fait dire qu’il ne faut pas désespérer. Je suis optimiste.

Pourquoi avez-vous choisi de vous occuper du café ?
La commune a racheté la licence. Cette licence a été mise dans un local attenant à la salle des fêtes. Mais comme une commune ne peut pas  gérer un débit de boissons, nous avons monté une association dont j’ai été le président pendant  18 ans. Tous les jeunes du village se sont impliqués pour le faire fonctionner. Tous les samedis et dimanches, il est ouvert. Le fonctionnement est le suivant : il s’établit un roulement où chacun choisit ses week-ends et ça marche très bien. Depuis 18 ans c’est comme ça : faire des achats, payer les factures, faire les déclarations T.V.A., tout ce qui est administratif, c’est  le bureau qui s’en charge. De temps en temps, on organise de la soirée, mais là aussi, il faut un investissement des jeunes, c’est la condition première.

Pourquoi avez-vous choisi le métier de tailleur ?
J’ai choisi le métier de tailleur pour une raison toute simple, je suis la troisième génération de tailleur à Frons, j’ai vécu dans ce milieu donc cela m’a aidé et puis ça m’a plu aussi parce que j’aimais vivre en milieu rural. J’aime assez mon indépendance parce que l’artisan, il peut être indépendant, l’artisan, il créé. Les gens viennent s’habiller chez un tailleur parce qu’ils ont envie d’un costume personnalisé. Quand je prends des mesures, j’ai une page pleine de notes, tous les détails comptent. Il y a aussi dans mon travail le côté relationnel, des clients sont par la suite devenus des amis.Ca fait connaître des gens dans toute la France.
Mais pourquoi je suis le dernier tailleur en Aveyron ? C’est parce que c’est un métier très long à apprendre, c’est décourageant. Il fallait 3 ans d’étude pour n’être qu’apiéceur, c'est-à-dire savoir monter un vêtement et le couper, ensuite il fallait un autre stage de 2à3 mois pour apprendre la coupe, savoir prendre des mesures sur le client et couper le modèle alors tout ça c’est tellement long que l’apprentissage dans ce métier est décourageant.C’est pourquoi je n’ai pas orienté les jeunes que j’au eu en stage vers la confection artisanale car il faut faire sa clientèle et aujourd’hui, il vaut mieux être dans l’industriel, un autre monde.
Mais je ne regrette pas d’avoir choisi ce métier et d’avoir vécu ici, pas du tout, je n’ai aucun regret.

Quel est votre créateur préféré ?
Alors ça, à proprement dit, je n’en ai pas. Parce que voilà ; là encore une autre question se pose, quand j’ai eu man C.A.P. j’ai eu envie d’être styliste, j’avais quelques aptitudes en dessin, et ça m’aurait plu, alors je suis monté à Paris j’ai eu un rendez-vous avec le président des tailleurs, je suis allé le voir, je voulais devenir styliste mais dans la couture masculine, le flou ne m’intéressait pas. Il m’a répondu que cette école n’existait pas.

Quelle est votre plus belle création ?
Ma plus belle création est un habit (queue de pie) que j’ai confectionné pour un musicien de l’Orchestre du Capitole de Toulouse.

Quelle création vous a rendu célèbre ?
Ce est les médias qui m’ont fait connaître, je ne suis célèbre que dans mon village !

Quelle matière préférez-vous travailler ?
Les tissus laineux sont ma préférence car ils sont d’origine naturelle et très agréable à travailler.

Comment se compose votre famille ?
Je suis marié et père de deux enfants ainsi que grand-père depuis peu.

Leur consacrez-vous beaucoup de temps ?
On leur a consacré du temps, on les a amenés au foot au basket…
Aujourd’hui, ils sont grands, ils ont moins besoin de nous.

Comment occupez-vous vos temps libre ?
J’aime le foot, je vais souvent voir des matches de foot à Toulouse, j’ai un abonnement au T.F.C.J’aime bien voyager aussi, aller au restaurant, passer des moments en famille, et m’occuper de mon jardin.

Voulez-vous proposer une personne pour notre prochaine interview ?
M.Crozes par exemple, il était parqueteur, il a fait le parquet de l’église, il faisait le parquet dans les châteaux.
Vanessa Lacombe fait aussi de belles choses.Ca serait intéressant parce qu’elle n’est pas originaire de Camjac. Elle peut vous donner  le cheminement de son affaire qui marche très bien, elle fait des lampes à huiles magnifiques.


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